15.4.21

Cri rouge, jardin se créé

Ce coin de terre où je me terre pour panser mes pensées impies,

Entre le triomphe orange des soucis

Et la transparence d’un narcisse.

Les fleurs du drame murmurent avec dépit

Au mur des cathédrales végétales

Avec le temps qui s’enfeuille au rempart de ma funèbre ancolie.

 

Je me déporte vers ton ombre rouillée,

Là où glougloutait la source de nos malentendus,

Dans le jardin muet de mes scolopendres tristes.

 

Je me souviens de ta voix de téléphone

 

À la Saint Proust,

Quand la clameur de mes remords

Venait crever le vert-de-gris de ma désespérance,

Sous les premières gelées des hortensias bleus dorés.

  

Dans mon jardin d’outre monde,

Je cultiverai les voix ultramarines de la sagesse,

Les voix de mes morts inconsolables.

Dans un coin d’ombre,

Les mélopées hautes et frères de mes souvenirs d’avance,

Du temps où je parlais avec les arbres.

 

 J’y cultiverai

Une herbe douce pour emmieller ma gorge

Et en faire enfin jaillir le cri rouge enchâssé

Une herbe odorante pour parfumer mes mots de badiane et d’anis

À toute faim utile

Une herbe à quatre feuilles pour le bonheur du jour

Et la chance que je ne sais pas tenter

Une herbe à chats pour miauler à la pleine lune

Dans l’orchestre de l’entre chiens et loups.

 

Et quelques daturas, pour couler dans mes rêves

La fureur de mes ennemis.

 

  Errer droit, haut debout,

Effacer son chemin

Parmi les herbes fichées comme des lames,

Comme des épées,

Matières ensanglanteresses qui font les belles cicatrices violettes,

Et dont on aura beau jeu, plus tard, de conter les boursouflures.

 

Dans mon quartier sensible

Engoncée de ronces et d’immortelles

Je tends l’oreille au moindre de tes signes

 

Tes yeux bleus sont partis charmer l’éternité

Et tes longues mains franches aux veines de sculpture

Tournent les pages d’un livre jamais achevé.

 

Tu m’avais dit, tu m’avais dit…

Mais on dit tant de choses…

 

 Le jardin s’endort, mais pas moi.

Le jardin parle silence aux oiseaux de nuit.

Mais pas moi.

 

Jardin-élixir-les-dombes

Des tombes où ne poussent que les âmes décharnées

Où s’époumonent des soupirs de fanfreluches dégingandées

 

On entend parfois entre deux pierres pleurer un chrysanthème.

 

 Puis vient la neige dans son solfège étouffé,

Le jardin chante blanc avec sa peau humide,

Et sous le manteau

Grouille le vert,

Susurre l’humus,

Éclate le chœur des jonquilles et des crocus safran ou mauves.

Sous la chanson du blanc, se prépare une symphonie de violettes,

Une explosion de balsamines.

Je repousse l’hiver autant que fer-retourné-dans-la-plaie se peut ;

Je reste à la fenêtre, plantée loin de mes racines.


 Sous une pierre

Un bruit de mousse

Une odeur de pin - d’épicéa -

Tout l’or du monde

Un désert de géométrie

Un rempart de vent

Une égratignure de persil.

 

Se mettre à genoux

Pour caresser la peau de la terre,

L’ensemencer en la priant de se faire belle.

L’ausculter, la palper

Comme on attendrait un verdict.

Réciter Arthur

Afin que le printemps soit ivre et courageux

Puis dans le tumulte de tout ce qui croît

Manger le silence à pleines mains.

 

Dans cet autre jardin semé des voix de mes ancêtres.

Au pied de leur marbre, les mots agrippés disent encore

Combien ils nous veulent,

De quel bois ils nous chaufferaient si l’envie les prenait.

Je leur sanglote à voix lasse le désir de les compter parmi moi,

Dans le feu de mes actions et le reflet de mon visage,

À mon corps défendant.

Je leur narre par le menu

Les errances de mes gènes ensorcelés par leur précédence.

Les fleurs fleurissent de leur poussière,

La tendresse et le dédain de leur amour défunt

Irisent de rosée

Le souffle lent à la corolle de mes yeux.

Ils disent que là-dessous il fait noir

Et qu’ils ont besoin de nous pour les cueillir,

Les accueillir et les reconnaître,

Pour faire s’envoler leur âme

De nos mains fastigiées.

J’écoute les voix et recueille les mots,

Je les mets à sécher dans des dictionnaires,

Pour les retrouver le moment venu,

Lorsque, à court de sens, je consulterai les oracles.

Et vous,

Immarcescible,

Votre voix inconnue résonne dans mon jardin secret.

Elle y côtoie les chœurs de mes amours virtuelles - mais vivaces –

Alignées dans leur carré de simples,

Parmi le basilic et la mandragore, la belladone et les forget-me-not.

Depuis longtemps vos mots inarticulés sur l’écran de nos vies fictives,

Effleurées entre deux indices,

Allument tous les maux de mes manques,

Qu’aucune tisane ne peut étancher,

Qu’aucun cataplasme ne peut apaiser,

Qu’aucun glossographe ne pourra jamais déchiffrer.

 

Je me promène dans les allées de mes non avenues quadriennales,

Parmi les odeurs bouleversantes de l’enfance,

Là où prennent racine tous les démons affamés,

Là où poussent les ailes des anges

Que je convoque parfois

Pour qu’ils me chantent l’air pur d’une histoire sans histoires.

 

Et cette année encore, je rends grâce à la flamboyance,

À la régularité de la lune

Et au murmure mélancolique des fontaines.


Table des Matières

 1.               Source des malentendus : Voix de taire

2.             Saint Proust –l’amour passe ou prend racine-

3.             Coin d’ombre : Voix d’eau

4.             Serre des voix voilées : Voix de gorge

5.             Terra incognita : Voix de sang

6.             Voix d’opale

7.             Voix de nuit

8.             Voix de nacre

9.             Jardin des âmes errantes : Voix des dombes

10.          Voix du miroir ou de la terre qui réfléchit

11.           Noli me tangere

12.          Carré des ancêtres : Voix de marbre

13.                    Jardin des simples : Langue de pierre

 

Soutenance aux états limites

 Soutenance aux états limites

 Segmentation d’Elsa. Alentes de formes dans le paysage urbanisé. L’approche directe à 12h15, alors que je suis venue tôt, affamée par soleil et perspective de terrasse, printemps sans valeurs géométriques et diminuant l’espace des solutions, les radiographies de contour montrent que la plupart des couleurs automatiques n’ont rien perdu de leur éclat, ni la peau de sa lissesse. Pendant ce temps on désire étudier le comportement d’Elsa, les rideaux rouges bougent, les rideaux de carcan qui permettent la survenue des images, vaguement. Elsa et ses saisons, indépendante, mise en scène. Les gestes chirurgicaux sont peu précis, Elsa est de retour, comme jamais partie. Le bassin est montré, l’image dit « sacrum » mais surmonté des dernières vertèbres lombaires, qui sur le dessin ressemblent à un masque de Dark Vador muté de satyre (cornu comme il se doit). Le résultat en unités pixels sera difficile à élaborer, le nez sur son torse, ma région de petite taille, je ne vois plus rien, mais j’entends les battements de Constantine ou plus bas, celui du désert, le contour des objets dont la courbe possède deux énergies, une interne et l’autre externe, l’état de conscience se fait dans la pénombre, par la force, tandis qu’il se souvient, lui, de la lumières de ce dimanche, là-haut. La même lumière, il y avait je crois, dit-il. La saint Proust est là, convoquée à nouveau, on approxime les dérivés, les équations aux inconnues ajustées, le pas de temps nous fait nous précipiter, tu es belle, d’autres jolie, plusieurs fois aujourd’hui, pourquoi pas, des hommes des femmes, la fonction de dimension supérieure évolue progressivement vers le niveau zéro. Dans les convexités, la lumière plonge et se prolonge dans le doré mordoré la statue sous toutes ses coutures, supportant un poids plus lourd que sa vie, mais tant de grâce, pondérée par les ombres. Pourtant, toutes les conditions réunies ne suffisent plus à produire les mêmes effets. Le jeune homme élégant de grâce lui aussi, mais plus subtile, sa bouche sèche peine à prononcer l’exposé tant de fois répété, minuté, mais il va s’en sortir avec brio, je dirige vers lui un peu de mon énergie virevoltante, entre deux plis, comme s’il en avait besoin ! Non ; je capte et bois ses paroles, les capture, c’est lui qui me fait écrire, ou "c'est grâce à lui que j'écris". Les contours ouverts, il se désaltère.

Je bois aussi à la source d'Elsa saison 4, c’est elle qui donne le rythme, qui permet aux cases de s’interpénétrer, comme dans les bandes dessinées que je ne lis pas assez, mais où l’on voit sur le plat, la réalité glisser d’une dimension à l’autre. Les snakes n'ont qu'à bien se tenir. La mue laissera cette femme dans sa nouvelle peau.

Analyse de Procrustes. Il y a vraiment des gens qui se donnent du mal. On n’imagine pas lorsqu’on les voit faire leur pose cigarette dans le petit rectangle de parking pour handicapés, qu’ils arrivent de tout ça, des landmarks, des snakes, et que surtout un jour, ça servira à quelque chose. Enfin, il boit. Le rythme change. Les 5 aux paramètres de forme complètement variables, comme des dessins au spirographe, je ne l’avais pas vu depuis des mois, des je, des…, arrête ! Il dit que mes improvisations sont toujours parfaites. Il dit…

3 couches, au moins, plus l’enfant sur une place différente. Je réitère le processus pour obtenir une forme plausible

= 9

On supprime le bruit, la nuit devient informe, des résidus de bruits, de nuit, qui filtrent à travers des histoires, des images, tu écris une histoire de femme, sous laquelle tu transpires à chaque mot, non pas qu’elle ne soit pas plausiblement femme, seulement parce que tu serais dans n’importe quel personnage aussi bien.

Plusieurs mondes qui convergent juste en moi, je décline, adroitement ; je teste les profils dans l’image et j’applique la méthode. Le garçon joue sa vie, le jury est attentif, ses amies, ses congénères, Sylve prend aussi des notes. Les pixels excitent : l’œil ; le visage que l’on ne doit pas reconnaître et même d’autres parties du corps, dis-tu.

On peut considérer que le bassin est symétrique. Mais le corps se souvient. Il tangue, se vrille un peu sur la gauche. Le lion attire comme un aimant. Les deux fleuves, l’un pour l’aller, l’autre pour le retour, et parfois aussi sur l’autre rive. Il appelle et dit qu’il sera là bientôt. Derrière moi, le petit frère se demande ce que je fabrique. Mais il sait que je m’occupe des mots, ou que les mots m’occupent, que je ne reste pas bloquée sur ma solution initiale. Les pixels candidats ne sont pas en concurrence au fond. Les modèles actifs d’apparence donnent un maximum de discriminence. Certes. Mais le but, c’est d’essayer. La réponse n’est pas donnée au départ, c’est la formation à la recherche par la recherche. Je suis empirique, On tente des chemins qui nous tentent, l’intuition dans tout ça, importante, essentielle même, mais on n’a pas le droit de la mettre en avant trop dans la lumière, tout le monde scientifique ne parle pas ce langage irrationnel. La texture est douce, il me dit tu le reconnais ? Oui oui oui.

Pour cela on apprend une relation linéaire. Des perturbations. Je ne m’abandonne pas. Trop de strates. Relations d‘apparence active, liant l’écart entre les deux textures. Je pense à toi. La bouilloire bout, mais ne craque pas. Les mains s’agrippent à une idée, se souviennent.

J’ai deux images de toi. Moi au moins mille dont une en pertinence rétinienne. Et les segments de la saison huit qui me posent problème.

Définir les modèles d’apparence, essentiel dans la méthode. Les régions normalisées géométriquement s’enfoncent dans le désir mais ça résiste, les phares dessinent des chemins au plafond de la chambre. La forme perturbée se retourne et serre contre elle contre lui l’autre forme perturbée. Froufroutement des étoffes, tension des corps, yeux de fièvre.

Revenir à l’état plausible. Les erreurs seront isolées, faibles en somme. Pourquoi évoques-tu les esprits ? Tu étais obligée de répondre ? Médecin du Monde, lui, moi. Pouvez-vous me rappeler plus tard ? Je ne peux parler longtemps, j’ai du monde à la maison.

Jusqu’ici nous avons utilisé un modèle biaisé. Les gestes des mains sont symétriques. Le modèle hybride obtenu par éléments finis. Injecter progressivement de la liberté à notre modèle. 0% de divergence obtenu, on double les possibilités de pire, mais la qualité de doré dans la lumière nous permet d’obtenir un ensemble de données particulièrement délicat. Merci. Bravo. Particulièrement adapté aux modèles de faible taille. Félicitations du jury.

Ça gratte ? Ça bourgeonne ? Tu m’as montré un autre chemin, mais sans fermer celui-ci. Ta voix a bien changé, j’adorais ton accent. Depuis, j’ai lu en public, ça change le timbre, ou en tous cas, ça gomme les aspérités. Ça fait qu’on s’écoute parler, dommage, mais peut être plus compréhensible aussi, plus entendu.

Lourdeur et subjectivité de la phase d’apprentissage.

Laisse faire.

Détecteur de régions d’intérêt.

Relaxation du modèle de forme.

Si l’on observe des mains, dans lesquelles se produit un mouvement de  doigt, peut-on déduire que les autres doigts suivront la même arabesque ? N’envisagez-vous pas de ne pas tenir compte de ce qu’il y a à l’intérieur ? Et ce bout de fémur ? Vous le retrouvez dans tout ce bruit ? L’ensemble des régions recouvre toute l’image. L’intérieur des os apparaît très texturé. Que faire ?

J’ai découvert les snakes un an après. Moi il me faudra encore du temps pour les découvrir, même si je sais qu’ils sont là et font partie de cet univers segmenté. Mais la mue a déjà commencé et le serpent ne retourne jamais dans sa vieille peau (proverbe personnel).  Le pas de temps, le filtrage, le bruit. Les plans d’expérience, l’automatisation automatique. La transmission des données, du modèle, non je n’y ai pas pensé. Je suis un découvreur, mais chaque histoire est singulière, si c’était à refaire ? Je dispose de combien de temps ? Comment dire « on a besoin de plus de liberté » ? Si on n’arrive pas à approximer, il faut ajouter les modèles par réflexe.

J’ai varié les plaisirs. Il se découvre. Me salue. Panama blanc, exotisme tout en un, le nez, la couleur de la peau, le vocabulaire décalé. J’habite dans ma voiture. Et chaque semaine une nouvelle bosse, panne, la maison prend l’eau mais je continue d’avancer. La recherche bibliographique est dense, et vous avez réellement tout lu ?

Oui, je vous l’assure, et même il n’a pas toujours rendu les bouquins dans les bibliothèques, ça n’a pas d’importance, ils ne sont pas perdus, ce qu’il en fait est remarquable.

Elsa fait un brouhaha de murmures. Je porte en coïncidence le collier qu’elle m’offrit un jour et que je n’avais pas mis depuis longtemps. Elle était ponctuelle avec les cadeaux d’anniversaire. Ça lui évitait de me parler, elle a dû prendre peur un jour. Pourtant ce n’est pas son genre de ne pas parler, ni d’être si mal élevée non plus.

Recherche d’usure et de migration. Images à des années d’intervalle. Si tu es vampire, alors, tu es un vampire agréable, rien d’inquiétant en toi, ton sens de la liberté de l’autre, tu sais.

Je vous félicite de votre réponse.

Les prothèses ne sont pas éternelles.

Je n’oublie pas non plus que tu as nourri mes chats et mangé mes tomates/cerises. Je n’oublie pas Jap’on, Constantine, plus quelques petits secrets que tu gardes pour moi, ce que je sais que tu sais sans savoir comment tu l’as su.

Les questions posées paraissent toujours piégées. Mais le jeune homme au langage châtié et à l’élégance bien habitée répond simplement qu’il ne sait pas, lorsque c’est le cas. Il a fait un travail de forcené, tout le monde s’accorde à le dire. J’agrandis à tout prix l’ensemble d’entraînement. J’ajoute de la robustesse. Le problème avec les régions de grande taille, c’est qu’ensuite on ne comprend plus rien. Incrémentalement, voir quels appariements ont fonctionné. « Au final », les transformations étant transitives, les amis de mes amis seront-ils toujours mes amis ? Il s’en va, on se manque. Les saisons d’Elsa continuent d’arriver dans ma boîte à messages, tu es complètement ivre d’émotion, de fatigue et de tension déchargée. Tu viens de prendre du grade ! Les routes se dessinent, tu connais déjà la direction à prendre même si l’image est encore dans la logique floue, sans landmarks, sans bordure, sans liseré noir.

je vais faire sang (transblog avec à la brise) : une sorte de "Femme prenant plaisir à ses fureurs" (Marie Billetdoux)

Je vais faire sang

Avec elles

Faire sang en me glissant 

dans la ramure

dans la lignée, 

sans armure.

Dans les poumons il flâne, 

parmi l'être-famille je fourmille ; 

dans les bronchioles

des petites bouffées de respiration asthmatique

pour la peur du chien de l'enfant trop aimée,

affluence du sang rouge bleu noir,



Charrier les gènes dans l'oxygène, nourrir jusqu'à la pointe les feuilles de cet arbre plusieurs fois centenaire
je vais faire sang et me barbouiller des prénoms de mes grands-mères, 
Rose-Marie et Philomène, 
Marie et Amélie, 
Victoire, Victorine, Victoria et Angélique,  
Jeanne-Marie, Françoise,  Marie-Rose et Reine, 
Marie-Marthe et Marie Marie
Jeanne et Marguerite, 
Me cacher dans leurs jupes noires froufroutantes, y fleurir en roses, en reines, en marguerite
les garder dans mes cheveux, victorieuses sous leur coiffe de dentelle qui laissait passer la lumière et les péchés

Je vais étirer mes membres, 
multiplier mes tentacules comme autant de racines jusqu'au ciel, 
que je plongerai à mon tour 
dans le terreau des générations dont je serai 
l'Ancêtre
Vue du ciel comme un fleuve en son delta, 
comme l'Amazone aux boues du bout

j'écris pour faire sang avec elles, pour aller avec, je fais sang-action, je gicle et j'éclabousse, même si elles sont moindres même si je sais que je ne les connaîtrai sans doute pas de mon vivant.
Je ferai sang avec Elles, et elle feront sans moi, juste avec ma mémoire

Combien de fois depuis les premières douleurs rouges, 
Combien de fois ai-je fait sang ? 
puberté fertilité cycle reproductif  
La douleur des pertes
la règle des 28 jours, 
la lune en son pouvoir de marée haute
36 ans de menstrues multiplié par 12 ou 13 
moins les mois de gestation
-moins les fois où ça rate, où la lune est mal lunée et la mayonnaise de tourner rond
ça faisait mal, il fallait que je me couche, une bouillotte sur le ventre  une bouillotte sur les reins. 
Calmer la douleur des entrailles sans fruit, le mal de tête le feu aux yeux 
et cela aussi, je l'ai transmis. Enfanter dans la douleur, Ne pas enfanter dans la douleur aussi.

Et le soulagement que ça fasse sang, quand ça n'aurait pas été le moment

Ouf ! Juste un petit retard, une grande peur, Ouf! ne pas avoir été imprégnée, l'écoulement évitant le pire au pire moment pour les pires raisons.

Et quand le sang n'est pas venu, je suis devenue AVEC

Si je dis  "Je vais faire sang", c'est pour faire vivant vivant
En héritage, du côté des hommes, le "couteau-à-tuer-le-rôti" de mon père, les pierres sur le crâne de mon arrière-grand-père, fleurs de rocaille dans mon jardin -hélichryse, immortelles,  glaïeul, roses, cardinales- laver le linge sale en famille, mettre le drap en nappe sur le pré, lire les traces d'insectes, les ailes de papillons

Je n'ai pas toujours suivi le fil rouge, les caillots, la vie était fragile et je courrais le monde

C'est bon froid aussi, la vengeance 

Je vais faire sang, il battra dans mes veines avec les fantômes de toutes mes aînées, et si je ne parle pas des hommes qui y ont mis du leur aussi, c'est qu'aujourd'hui et seulement aujourd'hui, ils ne sont pas convoqués dans ce bain de sang joyeux.


2/1/2020 

Frères cochons qui après nous vivrez

 Dans le COCHON tout est bon, hors le son.

 L’homme et le cochon ont en commun le tire-bouchon, mais leur ressemblance tient surtout à l’implantation assez similaire de leurs organes : On dit alors que le cochon est le cousin de l’homme ; l’humain Français a en plus pour cousins le Québécois et le germain. De là à dire que le Québécois est un cochon, il n’y a que l’épaisseur d’un lard que nous réserverons pour la garniture finale

Pour le germain c’est plus compliqué et moins politiquement correct. Nous y reviendrons peut être, selon les besoins du film. N’oublions pas de nous munir de nos vieilles cartes postales datant de la guerre, celles qui montrent l’un des protagonistes belliqueux masqué de rose groin.

Le cochon, est tour à tour objet de culte et de rebuffades.

Si on le juge impur, on se refuse à le nommer, on ne veut même utiliser la peau de sa vessie pour en faire des lanternes, qui font pourtant un effet si magique, lorsqu’agrémentées de peintures vives arabesquantes.

Si on l’aime, c’est soit pour le célébrer façon chinoise « Année du » - et l’on sera bien avisé alors de programmer des naissances dans l’intervalle, tout en priant Lao Tseu de le doter d’un attribut qui ne soit pas tirbouchonné – soit pour l’égorger en évoquant l’amour de la dévoration, façon garniture de choucroute, saucissonnages de 16 heures, et petit salé des lentilles.

Car si le cochon est un être extrêmement controversé, il n’en reste pas moins que sa chair est succulente. Certes il existe des pays dont il est banni, persona non grata, mais heureusement le libéralisme de masse et le tourisme du même nom ont finalement permis son ancrage et son élevage au rang de gourmandise, car il faut savoir que si du jambon de dinde est à présent servi dans les cantines de nos écoles de la République, du jambon de jambon est également servi  dans les restaurants de luxe de nos destinations les plus sulfureuses et les plus ou moins lointaines et dispendieuses en CO2 (cela dépend d’où l’on décolle). Mais ce n’est que reprendre en Francs suisses la monnaie de leurs dollars à tous ces riches touristes qui n’aiment rien tant que se dépayser, à condition de retrouver sur place leurs petites habitudes ; et puis business is business et d’ailleurs votre temps de parole est épuisé, qu’en dit votre voisin ?

 

 « tu es un vide -  pas même un trou car un trou a des parois – on ne peut pas te combler »

 

Pour le goret, omnivore -sans être anthropophage : on notera l’absence de h en début de mot- c’est du pareil au même, l’important étant d’engraisser, peut lui chaut de savoir si les patates de son auge sont bio ou irradiées. Car comme dit le proverbe : « les Cantonais mangent tout ce qui vole sauf les avions, et tout ce qui a 4 pattes sauf les tables ». Et le cochon sous son allure un peu boueuse sait se montrer en d’autres occasions, tel le canard, très laqué.

  « j’ai besoin de chair fraîche » … « du veau toujours du veau ! »

Certains humains croient bon de traiter leur épouse ou leur progéniture femelle de truie ventrue, et en patois des plateaux ça se dit caïte ventride. Idem pour le caïou qui sommeille et se croit poète en appelant sa douce « ma petite caille » : qu’il sache qu’il s’agit bien d’un nom d’oiseau, mais de celui dont on fait les saucisses.

 S’il est tentant, pour les besoins de l’histoire familiale, d’entendre dans ce son « caï.. » celui rocailleux de la caillasse percutant la tête de l’arrière-grand-père, afin de déloger des entrailles de son gilet le produit de la vente de ses gorets, on se souviendra qu’aujourd’hui, là n’est pas la question.

  « un jour nous deviendrons végétariens, sauf pour le cochon, c’est trop bon. »

MP REDON 2012-2013

7.2.21

Chanson pour un prochain Empire des sons

 Pyrowoman sous les feux de la rampe

Allumée la servante

Je fais s'amuser la muse

Je prévois les lendemains

De mes pires véhémences

Désamorce les risques

et pleure dans un seau

 

Je remontre à l'air libre

l'amère de mon citron

Désenfume ma tête

Décidée à fleurir

mes féminités souveraines

à guirlander le siège de ma chair

D'une pudeur toute missionnaire

Je fais évaluer par no-taire

ce que coûte,

La peau de mes fesses.

 

M'ouvrir et m'enclore

je vais à la rencontre

je pars à la noirceur

je laisse ronronner la chatte

qui n'a que faire

des tasers, des matraques

des machettes, des kalash

 

Nul n'est pro-fête en mon pays

Et je ne marche bien

Qu'en vitesse de croisière

Au lever du soleil, en léger différé

 

Je leur laisse le soin de 

la vulgarisation

à l'usage des dames

je me réserve celui

de la vulgarité

à l'usage des messieurs

Qui soulignent les physiques avantageux

les orpaillettes

la création de boucles de valeur

les économies vertueuses

les amours réétalonnées

 

Au réveil un stalker me dévisage

et me fait passer un message

que j'ai déjà oublié.

1.1.21

Chanson cicatrice sur sound cloud

Cliquez sur le titre ci-dessous (pas le titre du billet) pour écouter 

Chanson Cicatrice 

ou copiez/collez le lien dans votre navigateur : https://soundcloud.com/bipe-noder/chanson-cicatrice

Texte : Bipe Redon

Musique : Christiane Cohade

Chant Ferdinand Richard/Christiane Cohade


25.10.20

Bleu Guyane et retour

Bipe, ça vient d'où ?

Bipe ça vient de rien, ça vient du nom qu'on n'arrive pas à dire

Bleu électrique

la poudre des ailes des morphos sur les paupières ouvertes sur la mort

Le regard emporte avec lui pour dernière vision la silhouette d'arbres en rangée,

le muret de pierres, la nuit qui s'épaissit en crissant

 Il tombe, il sombre

une première fois sous le gourdin

une deuxième fois sous les pierres

Et me lègue la moitié de mon prénom

Bipe ça vient d'où ?

 Sur son crâne sur son front, le sang coule puis se fige,

la réalité sépia

rangée pour longtemps dans l'enfer des placards

Bipe ça vient d'où ?

Des grosses pierres maculées de sang

 

Le bleu du ciel au petit matin froid d'octobre

rassemble les badauds, tenus à distance

petite foule silencieuse, dans l'attente du nom

le public du fait divers

qui reste sur le cliché

Sur son crâne sur son front, le sang coule puis se fige,

la réalité sépia rangée pour longtemps dans l'enfer des placards

 

Le jeune assassin a sous les ongles un peu de terre

quelques grains de granit

sur ses vêtements une odeur de moutons, de sueur, de sang sans doute

une odeur de vinasse mal fêtée.

Sur le front un bleu bossu de s'être cogné ivre à des obstacles complices.

 

Il est déjà en fuite, à bord d'une diligence

Il est déjà rattrapé

Il est déjà condamné

tondu, emmené sur l'île de Ré,

Il est déjà sur le navire Le Loire, sur l'océan anthracite où il vomit les bleus de sa petite vie minuscule et le repas exceptionnellement copieux de sa ration de transporté

Il est déjà dans son bagne, à l'extrême Ouest, près de l'embouchure du Maroni,  près de la Guyane hollandaise, celle où j'ai fait frontière

agacé par les mouches à feu,

à fabriquer des émouchettes pour protéger les bêtes

desquelles lui-même ne peut se protéger

Il est déjà mort, tout ça pour ça,

13 mois le séparent de ce cataclysme, entre la mort de Pierre et la sienne

Et de sa propre embouchure sortent des papillons velus, des papillons qui font de la lumière et

qui emportent son dernier souffle au fond de la forêt

 

Je ne ramène plus de pierres à la maison           sauf ces deux-là       témoins ou non de ce fait d'hiver-printemps-été-automne    Puis j'arrivais à mon tour.*;*;*    120 ans plus tard, au moins, et après avoir rencontré beaucoup de pierres, j'allais visiter la scène de crime. Toute la journée, je portais deux pierres, comme des enfants dans mes bras.     Cueillies près du mur d'origine et je me demandais ce qu'étaient devenues celles qui avaient rencontré la tête de mon arrière grand-père. Ont-elles été envoyées au bagne avec l'écraseur de crâne ? Ont-elles été enfermées au placard des pièces à convictions avec le couteau de tous les Ravaillac ?         Dans ma tête le sang afflue et forme des vaguelettes de douleur

 

Les pierres là-bas ne sont bleues que parce qu'on les a peintes, sinon elle sont noires, brûlantes, luisantes, sans espoir. bordant des routes, faisant échancrure dans le paysage qui n'a pas tellement besoin de murs, d'un côté l'océan, les requins et la boue, de l'autre la forêt. piège parfait.

 Depuis le Suriname, j'ai pris l'avion pour une île de rêve, de carte postale à palmiers où les enfants portaient des uniformes dans des écoles peintes en rose ou en bleu ciel entre quelques vols de tourterelles à queue carrée.

Dans ma tête, les pierres ont peu à peu fait place aux papillons. les douleurs volètent et emportent des mots, les souvenirs prennent la poudre d'escampette, les noms coupés par des virgules et des traits de désunion

 Je suis Marie et je suis Pierre,

Et Bip, ça vient d'où ?

Bip ça vient de ne pas savoir qui être

Oui mais j'ai mis une e sonore maintenant

maternelle et douce, tranchante et contondante, avec des reflets de colère irisés.

 Bleus des coups cachés sous l'hélichryse, les immortelles et la lavande, celles qui lavent plus bleu que blanc, le linge sale des familles. il se cogne la tête, contre la pierre de sa cellule.

Il n'y a pas séjourné longtemps, ne saura jamais qu'il se retrouve un jour de 2020, sous l'encre sang de mon stylo. Destin raté de bout en bout, vie pour rien, mort pour rien, de mon jeune arrière mort à 45 ans, De qui ce Pierre tirait-il son prénom ?

 Et les pierres continuent de devenir sable lentement, et les papillons bleus de Guyane, de devenir poussière métallique, et la jeune gazelle continue son voyage, avec les bestioles piquantes et les doux singes, les fleurs de paradis, les fleuves qui montent et descendent au gré des marées, tous humains enchaînés à notre voisin de galère, et les ibis rouges et les aras flamboyants, et les moutons paresseux, et les bagnes égouts.

2 pierres dont moi, pour écrire ma légende, au bureau matricule

Porter mes pierres, penser le bleu dans la tête écrasée de mon arrière.

 Bleu Guyane et retour

moi lui et lui et l'autre et moi.

Trijumeau de la face en bouillie

trois humains et deux pierres

Transportation

régénération

colonisation des marges de l'Empire

Délinquants par nature ou par accident

Faire le deuil de moi même, supprimer le e le p le i le b

redevenir celle que l'on a nommée, pour le meilleur et pour le pierre.