13.5.20

nouvelle expérience

Un jour que je me promenais sur un site de coworking tout en maintenant la distanciation physique, je tombais nez à nez avec une boîte à outils alliant l'altérité l'équité et la tête de noeud. Ah ! me dis-je, ce modèle performant s'adresse à la grande diversité qui est en moi, je sens émerger un modèle inspirant et open source qui me conduira tout droit au modèle amplificateur du changement systémique. Forte de mon réseau d'ambassadeurs qui me garantissait une vision à long terme doublée peau et en 3D, je décidai de pérenniser mon capital inclusif et envoyai mon CV innovant à fort impact d'audace. Je mettais en avant mes compétences de transparence informatique, d'accoucheuse d'espérance et de couteau-suisse et ma personnalité citoyenne et moteur de croissance, qui n'hésitait pas à se mettre vent debout devant l'adversité et à faire bouger les lignes de coke en cas de pénurie. Grâce à son algorithme de matching, je fus aussitôt harponnée par un cluster de chasseurs de têtes pratiquant le recrutement 100% inclusif qui vit en moi un rôle modèle leur permettant de prendre de l'avance sur mon avenir. Je suis depuis ce jour béni, grâce à un modèle hybride et duplicable, Assistante d'assistant à la pelle et au balai, détagueuse de patrimoine bâti, ramasseuse de détritus, nettoyeuse de pédiluves.
"Au-delà d’un diplôme ou d’une expérience, c’est une personnalité que nous recherchons !"

8.4.20

Je reviens de m'être couchée dans l'herbe en fermant les yeux. Enfermée dans mes paupières, confinée dans le rouge car j'étais en plein soleil ; 10 minutes ou 15, je n'avais pas fait ça depuis si longtemps, j'avais l'impression de respirer par le dos la tranquillité apparente de la terre ; puis quand j'ai rouvert les yeux en regardant le dessous des arbres, le charme à ma gauche, les cerisiers blancs sauvageons à droite, la chère Bounette me donnant des petits coups de museau pour que je n'arrête pas mes caresses, j'ai pensé que tout pouvait bien s'arrêter encore pendant quelques temps...

19.12.19

Voila que la dame froufroutante

Voila que la dame froufroutante (bravo à ceux qui suivent ses aventures) s'avance dans ma rue flanquée d'un jeune gaillard à l'arrière et d'un grand gaillard à l'avant. Elle pousse une poussette (pas un landau) ; je m'enquiers du genre du marmot qui n'a pas l'air d'une marmotte, et dont je n'ai pas aperçu de prime abord les attributs, à savoir un camion et une voiture respectivement tenus dans menotte droite et menotte gauche, et qui ne sont ni résolument bleu ni manifestement rose. Comment savoir, alors ? Un p'tit gars me dit-elle, et le petit frère des 2 gaillards d'avant et d'arrière. Mais, continuai-je à m'enfoncer, je ne vous ai jamais vue enceinte; "je n'ai jamais le gros ventre, répond-elle, même à l'école, ils ne s'en étaient pas aperçu". je me dis qu'effectivement elle a moins souvent froufrouté dans mes horaires cette année, mais quand même...


9.12.19

"On ne sait jamais"

Sur le seuil, provisoire

Nous irons à Mossoul
Nous irons à New York
Nous irons au Bataclan
Nous irons dans ce petit village de la Dordogne où l'on plume les oies vivantes pour en faire des doudounes de luxe, où la police des champignons patrouille et vous confisque votre panier si vous n'êtes pas dans ses petits papiers.
Nous irons à Alep, chercher du savon de Marseille, nous n'irons pas à Calais, 
Circulez !
Nous irons en Suisse, bien sûr, pays de la liberté neutre et propre, où les bottes bien cirées ne demandent qu'à marcher
Nous serons là, sur le pas de la porte, à humer le vent, à déduire son orientation, à admirer la lumière de Novembre sur le bouleau doré et plein d'oiseaux qui regardent le monde de plus haut.
Nous mettrons un pied sur la première marche de l'escalier qui se dérobe, travaillé dans ses minces fondations par les racines des arbres qui se sont plantés là, tous seuls, comme des arbres émigrés.
En fait nous resterons là sur le seuil, la valise au bout du bras qui s'allonge sous son propre poids de valise, jusqu'à la laisser reposer sur le palier. Les mains pendantes
Au seuil de quitter cette maison, nous aurons une pensée pour ceux qui sont venus de loin, l'ont habitée avant nous, l'ont construite, même. Nous aurons une pensée pour ces gens, venus du Sud ou de l'Est de l'Europe, ces crève-la-faim chercheurs d'eldorado preto, transformés en taupes le temps d'attraper la silicose, ressortis à l'air libre quand leurs poumons ne pouvaient plus l'aspirer. Nous aurons une pensée pour ces esclaves importés par la Compagnie de la Méditerranée qui pensaient retrouver la mer et se sont retrouvés sous terre.
Nous resterons sur le seuil à écouter les doubles discours apportés par le vent dans le criaillement des étourneaux
Nous penserons qu'un jour la Terre n'était/ne sera/ n'est - qu'un seul pays. "On tourne en rond, y a rien à faire, c'est la malédiction du système solaire" chantais-je, il y a longtemps. 
Nous consulterons le Dictionnaire des migrations, fascinées par les flèches rouges, vertes, bleues, aux mouvements puissants et incurvés.
Des flèches pour les peuples errants, des flèches du Sud vers le Nord, de l’Est vers l'Ouest, mais toujours à la lisière du méridien de ceinture, au-delà duquel il fait froid, il fait nuit, il fait océan.
Nous étions prêtes à partir, à quitter, à décamper, à fuir,
Parce que le chef ne nous convenait pas, parce que les petits cons sous nos fenêtres nous pourrissaient la vie, parce qu'il y avait décidément trop de vent à présent, pas assez de neige, passablement de moustiques et énormément de pyrale du buis. Nous étions prêtes à déménager parce que les loyers étaient devenus exorbitants, le voisinage trop 4/4 ou pas assez.
Dans la valise nous avions mis quelques doudous, des bonnets de rechange et des paires de lunettes aussi. Des crayons et des cahiers, de l'aspirine et du pain dur.
La valise est légère, elle est vieille et rafistolée, elle a beaucoup servi. Voyages d'agréments, « escapades », tourisme professionnel. Une valise dorée qui a connu les soutes, les compartiments non fumeurs, les plate formes d'où l'on peut passer ses appels téléphoniques, et le garage du dessus de l'armoire.
Nous irons à Mossoul voir les djihadistes entraîner dans leur « martyr » des martyrs non volontaires, et les libérateurs de rue faire des omelettes avec des œufs humains.
Nous irons à New York défiler avec les Américains -qui n'ont pas voté…
Nous irons à Lampedusa, à Lisboa, à Lesbos
Nous irons à Saint-Petersbourg, à Libreville, à Istanbul, à Reykjavik, à Papeete. Et si nous allions « là-bas » ?

Nous resterons sur le seuil, ma petite fille et moi, à humer encore le vent et puis nous resterons là, car il n'y a nulle part où aller.

13.11.19

le E muette


Performance réalisée en janvier 2019 à la Salle des cimaises, à St Etienne, dans le cadre de l'expo collective SILENCE(S) par Combinaisons
Avec les sténopés de Diane Lentin et le montage sonore réalisé à partir d'interviews de femmes pendant le temps de pose des sténopés,  :
https://dianelentin.wixsite.com/diane-lentin/le-e-muette



Pendant que les autres se taisent

Nous ne sommes pas dans le silence
Nous peignons la girafe avec les mots de notre hiérarchie
Nous rêvons d’avoir des secrets
Nous n’avons rien à dire mais
Nous ne sommes pas dans le silence
  
Nous peignons la girafe
Ses longs cheveux tombant sur ses yeux,
Doux comme des secrets de polichinelle
Nous nous enlisons sous sa croupe en cabane
Nous ne sommes pas dans le silence 
  
Nous courons le guilledou
Nous multiplions les contradictions
Nous interceptons les bruits de la vie
Nous oublions la girafe qui pleure parce que
Nous ne la peignons plus
Nous ne sommes pas dans le silence
   
Nous ne sommes pas dans le silence
Nous rêvons de nous endormir auprès d’une girafe
Au creux d’un buisson
Nous ne sommes pas dans le silence
Nous nous accrochons à sa queue pour ne pas nous noyer
   
Nous ne sommes pas dans le silence
Nous ne savons pas où il est
Nous sommes hiérarchiquement sûres de l’imposer
Par la force de notre silence si nécessaire
Mais nous mourrions de peur
Si nous devions affronter ses secrets

Pendant que les autres se taisent
Penchés sur leurs pensées
Je regarde jaillir des gerbes d’oiseaux
J’imagine la vie qui va avec les bruits
Je pense aux girafes que j’ai connues et que je n’ai pas peignées
Je pense aux secrets que je n’ai pas su garder
Et qui sont allés courir le guilledou à travers champs
Je pense aux clés dont j’ai perdu la serrure
Aux silences de mort
Qui font mourir à petits feux
Je pense à tous les silences brisés
Que je n’ai jamais su recoller
Je pense à toutes les conversations
Qu’il aurait mieux valu laisser s’enliser
Je pense à toutes les hiérarchies
Qu’il faut encore combattre
Avant de pouvoir prendre la clé des champs du silence

Nous sommes à une charnière. Pour un e muet, quel rapport avec charnier ? je cherche l’étymologie, j’essaie de me rappeler qu’il ne faut pas faire de l’alcool de mots, ne pas y mettre de h, ne pas les couper en morceau. Quel rapport avec chair niée et muette, le féminin qu'on n'entend pas, LES FEMMES ONT droit AU  DEVOIR de silence, Pas une question de genre on ne le taira jamais assez, une question de trique, de clou enfoncé dans la gorge. Soumises à la question, elles avaient intérêt à donner la bonne réponse, mais dans tous les cas, elles avaient faux.  Quelqu'un ! Faites que cette petite fille arrête de hurler, que sa mère arrête de lui crier dessus, que sa mère rentre et la couche, et se couche aussi, que le monde entier se couche, à chaque fois je me sens coupable de ne pas m'ingérer, de manger mes propres mots de silence. J'accumule du matériau, je fais des listes sur une pensée en 2 colonnes le positif d'un côté le reste de l'autre une longue phrase avec des dents, comme un piège à loups qui se referme sur moi dans cette salle des pas et du temps perdus, depuis combien d'heures    je ne savais pas qu'on pouvait atteindre un tel seuil de fatigue et être encore vivante, si ça se trouve je suis morte et personne ne m'a prévenue, je suis dans l'antichambre de quelque chose, je ne suis pas dans le silence
Comme j'aimerais bercer cette petite fille la câliner la déposer endormie dans sa poussette, rasséréner sa mère
allez… Arrête, clame toi, tu as plus que l’âge de raison, l’âge de ta majorité silencieuse, un temps perdu de survivante, "nous sommes à une charnière" et moi je suis sortie de mes gonds, c'est con,
"il faut que nous prenions du recul" peut-être qu'à force d'en prendre on tombe à la renverse, on la ferme pour de bon, quand on dit ça c'est qu'on en a déjà pris "j'ai besoin de réfléchir", miroir mon beau miroir… et moi de dormir, dormir.


Nous ne sommes plus dans le silence
Nous écrivons l'histoire avec des mots à l'encre sèche comme de la bouse sèche,
pleine d’indices et d’immondices
Nous sautons la barrière de la langue comme des moutons enragés
Nous ne nous cassons plus les dents sur les masques de plomb
et nous ne sommes plus dans le silence
Nous devenons sourdes aux mots qui bouchent, mais fluides aux humeurs de nos corps
Nous sommes nées du silence de nos mères
De l'amour avec lequel elles nous portaient en secret mais elles ne pouvaient pas toujours serrer les cuisses
Elles faisaient leur devoir en silence, par la fente du vêtement qui leur permettait aussi de pisser debout
Et on a beau nous dire que nous sommes les enfants de l'amour
Et que parfois c’est vrai aussi
Nous sommes les enfants du silence
Nous avons laissé nos mères s'en aller avec leurs entremots, leurs blancs de poissons muettes comme des carpes, muettes comme des e muettes.

Nous avons cassé les machines à avaler les couleuvres
Après en avoir tant avalé
Nous sommes devenues serpentes, expertes en langue de vipère
Consonne voyelle voyelle qu’on sonne
Nous ne sommes plus dans le silence


Entre le « PAS » et le « PLUS » il y a la guerre
et c'est dommage
Mais nous n'avons pas d'autre endroit où aller
Nous ne nous cachons plus dans des buissons de silence piquant
Nous relevons nos jupes et pissons debout
Nous montrons nos seins nous montrons nos langues
Nous mettons nos mains en cornet devant nos bouches et
Nous ne nous calmons pas
Nous nous clamons
Nous sommes hystériques
et froides
Nous sommes silencieuses par ce que nous le valons bien
Nous peignons nos longues crinières de girafe
Nous rasons nos cheveux de collaboratrices avec l’ennemi
Nous nous hissons sur nos ergotes
Nous parlons franc, d'homme à homme
Nous avons rendu le souffle au e muet
Nous lui avons mis des sonnettes
Nous avons choisi la langue où toutes les lettres se prononcent
Nous avons appris la boxe, nous  levons  les  jambes  aussi  haut  que nécessaire
Nous montrons nos seins pendants
Nous montrons nos langues à vif
Nous mettons nos mains en cornet devant nos bouches pour crier encore plus fort
Nous relevons nos jupes,
Baissons nos pantalons
Et pissons debout

Nous nous clamons d’abord
Et nous calmerons après.

Peut-être.



14.10.19

Le quantique des quantique

Le quantique des quantiques

Je suis dans une nuit profonde de hasbeenness.
pas moderne pour un sou, au sens contemporain du terme de l'art comptant pour pas grand chose/
Je n'écris pas "chatte", pas "queue", pas « érotique » pas « sensuel », je ne pipe mot sur aucunes bouches qui s'embouchent dans le cœur de la nuit ou sur un banc public, je nuis grave à la modernité.
L'heure est déjà passée, l'heure n'est plus qu'aux jeux de mots, qu'aux jeux de vilains. Demain.
Tant de mots à notre disposition et si peu de sens commun. Tant de mots qui n'ouvrent que des tiroirs grouillants de vers, QUOI ! de vers quelle nuit des temps interminable on se dirige. Il est urgent que l'heure sonne, que l'heure de l'homme problème s'apocalypse un bon coup. Dans le chaos de l'homme KO le poème ne se relève qu'à grand peine, il chancelle dans la nuit pleine d'étincelles.
Le boxeur sue son poème de sang à grands gargouillis par le nez et la bouche.
Je compte jusqu'à 10

1 / 2 / 3

Je ne vois qu'un grand corps malade agonisant où l'homme poème mange ses enfants ; il recrache au loin les petits os des phalanges et ça fera plus tard des feux follets, dans le cimetière des dictionnaires. Toutes les alarmes hurlent en même temps, l'homme poème arrive à grands renforts de feu, d'échelles et de lances,
mais au lieu d'éteindre l'incendie, il brûle la nuit, des enfants naissent et c'est reparti.

4 / 5 / 6

Je me tiens au-dessus de lui qui n'y croit plus, la nuit est en mode "aurore boréale", je compte, je sais qu'il ne se relèvera pas, je sombrerai aussi, engloutie par tous les mots qui n'auront pas servi
qui n'auront pas sauvé
par les chiffres qui ne compte plus que pour du sable
l'homme devient poème figé, tétanisé par le gras de la nuit
et s'en est fini de lui de nous
Des heures où l'on mangeait des cerises à même les cerisiers, où l'on caressait des textures douces, l'heure de l'homme devenu poème est un glas, une dernière aube, un dernier souffle

7 / 8

de la nuit comme renaissance avec la peur et l'ignorance, comme les nouveaux-nés avant le doigt de l'ange
de la nuit comme point de départ et d'arrivée
de la nuit jamais comme présent, jamais comme cadeau, obscurcir sa lumière, se taire, on voit rien

NYCpasTALOPE

9 / 10

l'enfant paraît
c'est GRAVE la nuit
jambes écartelées, l'enfant se présente par le siège
On souffre, elle ne peut plus respirer, le passage depuis la nuit aquatique est trop étroit
césarienne, alors,
ça déchire
je pense à des crapauds
Je pense à des crapauds et à des froufroutis, à des rampements sur les feuilles sèches
La nuit de suie lorsque la lune est en panne
Comme un matin fuligineux au pied d’un volcan en rut
Tourne et retourne dans les draps
Rapprochements frôlement de peaux de membres de froid d’odeurs de glacements.
8 nuits sans nuire
anesthésie
Des décors comme on en trouve dans les cauchemars
Endormie devant la télé les ailes du désir ne me font plus d’effet

Parfois on marchait marcherait marchera
Dans la forêt main dans la main
Dans les ruines enfantômées
Le long du canal
Se souvenir de ces nuits sans sommeil où l’on tourne les mots pour les ranger dans sa tête, de ces nuits où l’on ne rêve que d’une chose : dormir !

Nuit grave
Dans la nuit inouïe, mais pas désentendue, mettre bas en chantant
Quantique des quantiques
Avant d’accoucher moi-même, je croyais du verbe croire, 3ème groupe que les enfants ne naissaient que la nuit
Je ne sais pas d’où me venait cette croyance, que j’écrirais volontiers CROILLANCE 
C-R-O-I-L-L-A-N-C-E, tant cette terminaison semble appuyer un ancrage profond dans mon cerveau de papillon.
Pour moi c’était une évidence
Pas sûre d’être née la nuit, moi, même si longtemps ago dans mes fanfaronnades lyriques d’adolescente précocement féministe, j’apostrophai ma mère en lui dédiant un poème qui commençait ainsi :
« En pleine nuit tu m’as donné le jour ! »

On était le 24 décembre, ça tombait bien on n’avait rien prévu pour le réveillon.
Négligeant ma feuille de route, privilégiant la pleine lune, JE, ou bien était-ce ELLE, précipita la fonte des neiges entre mes jambes. 2 heures du matin, la petite valise en carton devant la porte, pleine de layettes amoureusement tricotées, je ne me rappelle plus RIEN du trajet, tout à coup j’étais là à pleurer.
Lorsque je me réveillai d’une nuit glauque, j’étais mère et perdue dans un monde de science-fiction.
J’entendais sur fonds de gargouillis de tuyaux des voix inhumaines parlant d’huîtres et d’escargots, rien sur les feuilles, je ne l’avais pas vue arriver, imaginée plus que sentie la lame du bistouri tranchant la peau de mon ventre, la double peine, la double fente et pas d’enfant sur mon cœur.
La nuit avait duré toute la journée, et les yeux encore myopes de mon bébé s’étaient ouverts dans une chambre obscure, où le monde entier n’était que sténopé.

Je lis à présent que les statistiques donnent raison à mon intuition .
Comme toujours l’explication remonte "à la nuit des temps", pas la nuit des temps de Barjavel, pas la nuit d’étang de Virginia, la nuit des temps de quand tout était bien ordonné, que les prédateurs diurnes et repus prenaient un repos bien mérité protégeant femelles et progéniture de leur appétit vorace.

Les anthropologues de la nuit des temps, savent.
Ils savent tout des cro-magnonnes mignonnes et des chouettes, des manchotes impératrices et des population des pôles, qui elles...
Mais de la nuit des temps à venir, rien. Obscure hantise.

Nous marchions dans la forêt, là-haut, dans la parenthèse, accrochant plus fort nos mains à chaque craquement de brindille.
Nous marchions sur la route longeant l'Urubamba et le joueur de flûte n'avait pas de bonnet péruvien mais des dreadlocks avant-mode
Nous marchions dans la campagne encore endormie fiévreux d'une nuit blanche et tout était blanc, même nous, qui en une nuit avions vieilli de mille ans d'un coup.
A chaque fois je - nous, marchions vers notre destin quotidien.
Quelques lumières de civilisation nous raccrochaient au monde dont nous nous étions extraits, mais si loin, nous liant par un fil incassable à ce décor qu'il nous faudrait réintégrer le jour venu, remettre nos masques diurnes témoignant alors du chemin nuitamment parcouru. Indélébiles traces de ce chemin voulu, sous les étoiles, à mille miles de toute raison raisonnable. Seul importait ce temps de la nuit, la présence furtive des bêtes qui continuaient leur vie sans trop se préoccuper de nous, et la nature bruissante, à l'affût, qui ne nous traitait en intrus que dans la mesure où nous omettions ses codes les transformant alors en embûches.
Je me disais alors qu'il est bon de ne pas tout voir, de ne pas tout savoir. Je me disais qu'être attentive à mes pieds, à la musique de la flûte, au dessin des constellations, aux infinis mystères, aux cris des animaux, au chuchotement des brises, tout cela suffisait amplement.

Et les étoiles de briller davantage, à la proportion du nombre de regards tournés vers elles.

"You know those nights, when you're sleeping, and it's totally dark, and absolutely silent, and you don't dream, and there's only blackness, and this is the reason, it's because on those nights you've gone away. On those nights, you're in someone else's dream, you're busy in someone else's dream.
Some things are just pictures, they're scenes before your eyes. Don't look now, I'm right behind you.

(Laurie Anderson : The ugly with the jewells)

20191014 Poésie lancinante des météorologies à venir (mise à jour 3 ans après et pour les 3 à venir)

Quelques averses
Averses possibles
Ciel très nuageux
Arc en ciel boréal
Typhon semblant
Partiellement ensoleillé
Risque de pluie
Risque de soleil
Partiellement ensoleillé
Quelques orages
Cyclone jamais égalé
Alphabet dépassé
Risque de pluie
Risque de soleil
Averses à tendance tsunami
Grêles et intestins noués
Quelques averses
Brise matinale de force 8
Nuageux pense donc je pluie
Alternance de nuages et de soleil
Alternance de nuages et de soleil
Plus chaud
Arc en ciel boréal
Typhon semblant
Partiellement ensoleillé
Risque de pluie
Risque de soleil
Partiellement ensoleillé
Quelques orages
Cyclone jamais égalé
Alphabet dépassé
Risque de pluie
Risque de soleil
Averses à tendance tsunami
Grêles et intestins noués
Quelques averses
Brise matinale de force 8
Nuageux pense donc je pluie
Risque de soleil
Risque de soleil
De brûlure si vous êtes proches
Ciel nuageux avec de belles éclaircies
Ciel très nuageux
Partiellement ensoleillé,
à l'Ouest rien de nouveau, à l'Est embrasement
Episodes pluvieux, temps pis
été pourri
Hiver précoce
Nébulosité croissante
Averses et orages (ça c'est pour le 21 juin)
Quelques averses et orages
Plutôt ensoleillé
Saison retardée
Ensoleillé
Averse probable
Plutôt ensoleillé
Alternance de nuages et de soleil
bis 

8.10.19

encore une fois je vous écris


Je vous écris le soir quand le silence bourdonne de peurs. je vous écris comme une bouteille à la mer, qui flotte au milieu des détritus et n'atteindra jamais aucun rivage, (...) je vous écris sans voix, cent fois, avec les mots coincés dans le stylo, des mots pâtés, des mots ratures jamais servis ; je vous écris à l'ombre de la jeune fille en fleurs que j'étais, de la petite fille qui habitait dans les arbres, sans cabane, noisettes, cerises, mirabelles. je vous écris de ces pays enchantés, dont on revient cassé en deux, étoiles au ciel, piqué au vif par les mouches à feu, par les fantômes d'indiennes rouges et la poussière bleue électrique des ailes de papillons en voie de disparition. je vous écris de Macchu Pichu, d'Amazonie, tombée de la dernière pluie torrentielle. Oh non ! arrête avec ton Amérique à toi ! Je vous écris pour elle qui reste là-bas et me parle d'oiseaux jolis et rigolos qui lui font penser à moi. Je vous écris avec des yeux tout ronds de tout ce qu'ils ont vu. Et de l'humidité qui s'écoule des souvenirs tout cabossés. Je vous écris un peu mélancolique et détestant cela. Je vous écris d'une nouvelle aventure, 2 jeunes gazelles et une vieille sauterelle, novembre qui fait nuit et brouillard à la moindre occasion.  Je vous écris car il faut bien que quelqu'un le fasse, et que les che-mots chevauchent les che-phrases. Je vous écris en circonvolutions, pour ne pas vous dire ce qu'il y aurait à dire, mais qu'il faut bien essayer encore. Je vous écris car je ne peux pas vous parler, ma voix ne porte pas assez haut mes pensées, Je vous écris timide, je vous écris rouge et furie, Je vous écris timbre enroué, poussière de voix. Je vous écris avec la lune absente, les oiseaux endormis, les migrations suspendues. Je vous écris sans voir la mer et ses bateaux bourrés à ras bord d'humains à la dérive. Je vous écris de la terre ferme mais qui se dérobe sous mes pas. Je vous écris pour vous dire que je n'ai pas toujours la force, que j'aimerais être mon chat qui vient à ma rencontre sur la route, ce soir. Je vous écris pour que demain il fasse jour. 5-6 /11/ 2019 MPbipe