4.5.19

Lituanie #3 Architecture

Tout est faux la plupart du temps, rénové à la va-vite plutôt que restauré. Le reste part en sucette, lïve, vrille, couille, mais ce n'est pas le mot qui convient non plus.
Dans les quartiers "Nord", du Sud, de l'Est et de l'Ouest, les immeubles de peu détages rivalisent de balcons pourris, rafistolés, gangrénés, mais les ensembles sont toujours sauvés par les arbres, l'herbe, les plantains, les pommiers sauvages. Ah ! les pommiers sauvages ! les bancs larges, pas nos mesquins et designés repose-fesse(s) anti- SDF.
De temps en temps un immeuble absolument résolument russe. Massif, avec cet élan qui voulait faire aller de l'avant, plus que vers le ciel, une tangente animés, comme tous ces bras et ces jambes des statues en marche (pas le nôtre) vers l'avenir triomphant.
Pour les vieux bâtiments, ceux des Ducs et des catholiques, il vaut mieux les voir de loin, ne pas aller à l'intérieur. Restent les petites maisons de bois, avec leur avancée de seuil, peintes ou grises du temps des mélèzes qui ont tenu ce qu'ils ont pu. Mais les toits en fibre d'amiante. Ecrire à l'Europe pour leur dire que ça ne va pas du tout.

30.4.19

été 2018 Lituanie#2 Šiauliai


Salto.
C'est presque le crépuscule. Le train est parti à 19 heures de Šiauliai. Dans 45' on arrivera à Vilnius. Il sera alors 21h50. On longe une campagne banlieue qui se transforme un moment en campagne habitée. Deux étangs plutôt que des lacs. Des cygnes, un plongeoir. Un homme en maillot de bain qui s'apprête à plonger. Concentré sur l'eau noire. Droit, raide, les bras le long du corps. Moi qui dois me contorsionner pour continuer de l'apercevoir, encore immobile. Sait-il qu'on le regarde ? Que le train entier attend son plongeon ? ça dure, ça dure. Au dernier coup d'oeil on a l'impression qu'il a disparu, mais on ne sera jamais sûr.

Salto avant
Un autre jour on repasse au même endroit.Pas la même heure ni la même lumière. Pas les cygnes non plus. L'homme en maillot discute en bas du plongeoir avec un autre habillé. Juste une scène de la vie de week-end. Pas de quoi en faire le début d'un roman, quoique.



Vilnius #1


Un jour on prend un avion, 2 avions des voitures des trains des bus et on finit par se retrouver dans la carte postale, la page de l'éphéméride géo tant regardée. ça ressemble un peu bien sûr, le fatras de crucifix de croix de chapelets, l'amoncellement des matériaux, un tertre plus qu'une colline, entouré de rien et plat à perte de vue avec des cigognes qui volettent de ci de là un tracteur faucheur, quelques camions transportant dans leurs bennes gigantesques des tonnes d'oignons puants. Le dernier tronçon s'est fait à pied une belle route presque droite bordée sur la gauche dans le sens des départs de vieux peupliers frémissants comme il se doit sinon ce sont des trembles qui tremblotent. Le temps est à la fois agréable et lourd, je fais un peu de stop au début pour dire, mais n'y croyant guère mon geste n'inspire par la moindre réaction, peut être des personnes d'une autre génération qui croient que je les like à tout vent. Ce n'est pas bourré de touristes, quelques familles brandissant leur(s) croix puisque la tradition exige que l'on ailler déposer son propre calvaire résistant dans le fouillis. Je ne me moque pas. C'est assez impressionnant comme ça. le geste en soi. Maintenant bien sûr avec le parking payant les wc payants et le commerce des croix pour ceux qui n'avaient pas prévu, ça tourne à Lourdes, sauf qu'on a pas encore répertorié de miracles. ça tourne au musée interactif et d'un élan mêlant croyances et hommages, à la proche dysnétisation. N'empêche qu'on y est. Qu'on a fait des kilomètres pour y être, qu'on va dans les églises, qu'on assiste à un bout de messe polonaise, à une autre luthérienne, les belles voix les statues extatiques les anges sérieux. N'empêche qu'on ressent aussi cet opium du peuple qui fait rêver à des futurs meilleurs, qui fait que les gens s'affirment lorsqu'on veut le leur éradiquer. Encore une fois pas possible de trouver mon camp et personne ne m'en demande autant non plus.  En être ou ne pas en être. N'empêche qu'on serait parfois prêts à faire une colline de cochons, alors qu'on les aime tant et qu'on est en passe de devenir végétariens.

3.3.19

Le quantique des quantiques

Je suis dans une nuit profonde de hasbeenness.
pas moderne pour un sou, au sens contemporain du terme de l'art comptant pour pas grand chose/
Je n'écris pas "chatte", pas "queue", pas « érotique » pas « sensuel », je ne pipe mot sur aucunes bouches qui s'embouchent dans le cœur de la nuit ou sur un banc public, je nuis grave à la modernité.
L'heure est déjà passée, l'heure n'est plus qu'aux jeux de mots, qu'aux jeux de vilains. Demain.
Tant de mots à notre disposition et si peu de sens commun. Tant de mots qui n'ouvrent que des tiroirs grouillants de vers, QUOI ! de vers quelle nuit des temps interminable on se dirige. Il est urgent que l'heure sonne, que l'heure de l'homme problème s'apocalypse un bon coup. Dans le chaos de l'homme KO le poème ne se relève qu'à grand peine, il chancelle dans la nuit pleine d'étincelles.
Le boxeur sue son poème de sang à grands gargouillis par le nez et la bouche.
Je compte jusqu'à 10

1 / 2 / 3

Je ne vois qu'un grand corps malade agonisant où l'homme poème mange ses enfants ; il recrache au loin les petits os des phalanges et ça fera plus tard des feux follets, dans le cimetière des dictionnaires. Toutes les alarmes hurlent en même temps, l'homme poème arrive à grands renforts de feu, d'échelles et de lances,
mais au lieu d'éteindre l'incendie, il brûle la nuit, des enfants naissent et c'est reparti.

4 / 5 / 6

Je me tiens au-dessus de lui qui n'y croit plus, la nuit est en mode "aurore boréale", je compte, je sais qu'il ne se relèvera pas, je sombrerai aussi, engloutie par tous les mots qui n'auront pas servi
qui n'auront pas sauvé
par les chiffres qui ne compte plus que pour du sable
l'homme devient poème figé, tétanisé par le gras de la nuit
et s'en est fini de lui de nous
Des heures où l'on mangeait des cerises à même les cerisiers, où l'on caressait des textures douces, l'heure de l'homme devenu poème est un glas, une dernière aube, un dernier souffle

7 / 8

de la nuit comme renaissance avec la peur et l'ignorance, comme les nouveaux-nés avant le doigt de l'ange
de la nuit comme point de départ et d'arrivée
de la nuit jamais comme présent, jamais comme cadeau, obscurcir sa lumière, se taire, on voit rien

NYCpasTALOPE

9 / 10

l'enfant paraît
c'est GRAVE la nuit
jambes écartelées, l'enfant se présente par le siège
On souffre, elle ne peut plus respirer, le passage depuis la nuit aquatique est trop étroit
césarienne, alors,
ça déchire
je pense à des crapauds
Je pense à des crapauds et à des froufroutis, à des rampements sur les feuilles sèches
La nuit de suie lorsque la lune est en panne
Comme un matin fuligineux au pied d’un volcan en rut
Tourne et retourne dans les draps
Rapprochements frôlement de peaux de membres de froid d’odeurs de glacements.
8 nuits sans nuire
anesthésie
Des décors comme on en trouve dans les cauchemars
Endormie devant la télé les ailes du désir ne me font plus d’effet

Parfois on marchait marcherait marchera
Dans la forêt main dans la main
Dans les ruines enfantômées
Le long du canal
Se souvenir de ces nuits sans sommeil où l’on tourne les mots pour les ranger dans sa tête, de ces nuits où l’on ne rêve que d’une chose : dormir !

Nuit grave
Dans la nuit inouïe, mais pas désentendue, mettre bas en chantant
Quantique des quantiques
Avant d’accoucher moi-même, je croyais du verbe croire, 3ème groupe que les enfants ne naissaient que la nuit
Je ne sais pas d’où me venait cette croyance, que j’écrirais volontiers CROILLANCE 
C-R-O-I-L-L-A-N-C-E, tant cette terminaison semble appuyer un ancrage profond dans mon cerveau de papillon.
Pour moi c’était une évidence
Pas sûre d’être née la nuit, moi, même si longtemps ago dans mes fanfaronnades lyriques d’adolescente précocement féministe, j’apostrophai ma mère en lui dédiant un poème qui commençait ainsi :
« En pleine nuit tu m’as donné le jour ! »

On était le 24 décembre, ça tombait bien on n’avait rien prévu pour le réveillon.
Négligeant ma feuille de route, privilégiant la pleine lune, JE, ou bien était-ce ELLE, précipita la fonte des neiges entre mes jambes. 2 heures du matin, la petite valise en carton devant la porte, pleine de layettes amoureusement tricotées, je ne me rappelle plus RIEN du trajet, tout à coup j’étais là à pleurer.
Lorsque je me réveillai d’une nuit glauque, j’étais mère et perdue dans un monde de science-fiction.
J’entendais sur fonds de gargouillis de tuyaux des voix inhumaines parlant d’huîtres et d’escargots, rien sur les feuilles, je ne l’avais pas vue arriver, imaginée plus que sentie la lame du bistouri tranchant la peau de mon ventre, la double peine, la double fente et pas d’enfant sur mon cœur.
La nuit avait duré toute la journée, et les yeux encore myopes de mon bébé s’étaient ouverts dans une chambre obscure, où le monde entier n’était que sténopé.

Je lis à présent que les statistiques donnent raison à mon intuition .
Comme toujours l’explication remonte "à la nuit des temps", pas la nuit des temps de Barjavel, pas la nuit d’étang de Virginia, la nuit des temps de quand tout était bien ordonné, que les prédateurs diurnes et repus prenaient un repos bien mérité protégeant femelles et progéniture de leur appétit vorace.

Les anthropologues de la nuit des temps, savent.
Ils savent tout des cro-magnonnes mignonnes et des chouettes, des manchotes impératrices et des population des pôles, qui elles...
Mais de la nuit des temps à venir, rien. Obscure hantise.

Nous marchions dans la forêt, là-haut, dans la parenthèse, accrochant plus fort nos mains à chaque craquement de brindille.
Nous marchions sur la route longeant l'Urubamba et le joueur de flûte n'avait pas de bonnet péruvien mais des dreadlocks avant-mode
Nous marchions dans la campagne encore endormie fiévreux d'une nuit blanche et tout était blanc, même nous, qui en une nuit avions vieilli de mille ans d'un coup.
A chaque fois je - nous, marchions vers notre destin quotidien.
Quelques lumières de civilisation nous raccrochaient au monde dont nous nous étions extraits, mais si loin, nous liant par un fil incassable à ce décor qu'il nous faudrait réintégrer le jour venu, remettre nos masques diurnes témoignant alors du chemin nuitamment parcouru. Indélébiles traces de ce chemin voulu, sous les étoiles, à mille miles de toute raison raisonnable. Seul importait ce temps de la nuit, la présence furtive des bêtes qui continuaient leur vie sans trop se préoccuper de nous, et la nature bruissante, à l'affût, qui ne nous traitait en intrus que dans la mesure où nous omettions ses codes les transformant alors en embûches.
Je me disais alors qu'il est bon de ne pas tout voir, de ne pas tout savoir. Je me disais qu'être attentive à mes pieds, à la musique de la flûte, au dessin des constellations, aux infinis mystères, aux cris des animaux, au chuchotement des brises, tout cela suffisait amplement.

Et les étoiles de briller davantage, à la proportion du nombre de regards tournés vers elles.

"You know those nights, when you're sleeping, and it's totally dark, and absolutely silent, and you don't dream, and there's only blackness, and this is the reason, it's because on those nights you've gone away. On those nights, you're in someone else's dream, you're busy in someone else's dream.
Some things are just pictures, they're scenes before your eyes. Don't look now, I'm right behind you.

(Laurie Anderson : The ugly with the jewells)

28.2.19

l'étrange aux étrangères

Elle était chez moi comme chez elle
une être ange de mes amies
Sous sa peau fine comme des engelures
battait le sang de l'essentiel
Je sentis dans mon corps aptère
pousser les ailes du désir de
m'envoler avec elle
Mais ce n'était pas la peur

De ce jour unique et précis
de temps d'espace temps réunis
Ne peuvent naître que des galaxies

Entre nous il y eut des tremblements de terre,
du volcanisme, des raz de marée
Psychopompes et nécromobiles se mobilisèrent
Et quand toutes les étoiles eurent filé
Elle me dit qu'elle souhaitait quitter la terre, sans bruit
Retourner vivre parmi les éphémères
le reste de sa nuit d'été
Je me sentis lourd, sourd, gourd
Plus pataud que l'albatros de Baudelaire
Plus inutile que du temps perdu
Les vannes de mon coeur lâchèrent
Coulant mon âme à pic dans un trou noir
Nécropompes et psychomobiles se désintéressèrent
Et quand toutes mes larmes eurent séché
Je partis vivre en terre étrangère
Rejoindre les créatures ailées

Zélé, je ne le suis plus guère
Bientôt je n'y penserai plus qu'avec nostalgie
En m'étonnant pourtant, d'être sans elle, sans ailes
et encore en vie

Mars 92

 (chanson écrite pour André Duchesne mais n'ayant jamais servi)

10.2.19

Quand on me confondait avec Marie Cosnay (#1)


Cet été au mois d'août, je suis allée à un truc poétique en plein champ ; ça s'appelle Lectures sous l'arbre, au large de la Haute Loire, au Chambon sur Lignon. Il faisait beau et j'étais en retard, la Haute Loire, c'est tout une aventure, quand ce n'est pas coupé du monde par la neige, on a tout de même du mal à la pratiquer, c'est un lieu qui n'a pas été encore trop contaminé par la Communication, bien que toute cette manifestations soit allègrement soutenue par France Culture, Télérama et couverte jusqu'à Libé et le Dauphiné Libéré son petit frère de province sans doute, vu que Cheyne éditeur est une maison d'édition fort prisée par les amateurs de trucs poétiques avec sérigraphies. Donc, je me dirige vers l'arbre en question et je suis arrêtée par un trio de style parisiens en goguette poétique, fort excités ma foi de me rencontrer. Ma mémoire n'étant plus ce qu'elle était, je cherche lamentablement à me souvenir du houx et du camp ? mais leurs visages ne réveillent en moi aucun souvenir. Entre temps l'homme de la situation me dit : Alors ? Que s'est-il passé, ensuite ? tout en me tendant un livre, qui comme tous les livres depuis que je vous connais, devrait livrer sa réponse. Et c'était vrai. Au lieu de regarder le bouquin, j'improvise une réplique plus ou moins spirituelle (plutôt moins d'après ma mémoire défaillante) pensant que je suis dans le film, que la manifestation poétique et néanmoins interactive a commencé dès le parking et que si je donne la bonne réponse je gagnerai d'une part une édition gratuite de mon oeuvre complète, et d'autre part à être connue enfin. Le type continue de me harceler avec ses questions et me raconte des trucs qui doivent tenir de la private joke et que je ne comprends qu'en daignant regarder enfin le titre du bouquin en question : "Que s'est-il passé ?" de Marie Cosnay - et... parce qu'il me propose un stylo. Ce qui est vraiment étrange dans cette histoire, c'est que je ne ressemble pas du tout à Marie Cosnay, que ces trois personnes venaient de l'écouter lire son bouquin pendant une heure, qu'elle était habillée avec une longue robe diaphane comme dans les Marie Claire idées, et pas moi, et qu'à moins d'être Alzheimer à un stade avancé et contagieux, ils venaient de la quitter depuis moins de 30 minutes. J'en déduis donc que j'ai l'étoffe d'une écrivaine, même si je n'en ai pas le vêtement, ça ne fait plus aucun doute, je ne gagne même pas être connue ni vue, puisque je suis déjà reconnue et qu'on me donne à dédicacer des bouquins que je n'ai pas écrits. (Septembre 2005)