1.1.21

Chanson cicatrice sur sound cloud

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Chanson Cicatrice 

ou copiez/collez le lien dans votre navigateur : https://soundcloud.com/bipe-noder/chanson-cicatrice

Texte : Bipe Redon

Musique : Christiane Cohade

Chant Ferdinand Richard/Christiane Cohade


25.10.20

Bleu Guyane et retour

Bipe, ça vient d'où ?

Bipe ça vient de rien, ça vient du nom qu'on n'arrive pas à dire

Bleu électrique

la poudre des ailes des morphos sur les paupières ouvertes sur la mort

Le regard emporte avec lui pour dernière vision la silhouette d'arbres en rangée,

le muret de pierres, la nuit qui s'épaissit en crissant

 Il tombe, il sombre

une première fois sous le gourdin

une deuxième fois sous les pierres

Et me lègue la moitié de mon prénom

Bipe ça vient d'où ?

 Sur son crâne sur son front, le sang coule puis se fige,

la réalité sépia

rangée pour longtemps dans l'enfer des placards

Bipe ça vient d'où ?

Des grosses pierres maculées de sang

 

Le bleu du ciel au petit matin froid d'octobre

rassemble les badauds, tenus à distance

petite foule silencieuse, dans l'attente du nom

le public du fait divers

qui reste sur le cliché

Sur son crâne sur son front, le sang coule puis se fige,

la réalité sépia rangée pour longtemps dans l'enfer des placards

 

Le jeune assassin a sous les ongles un peu de terre

quelques grains de granit

sur ses vêtements une odeur de moutons, de sueur, de sang sans doute

une odeur de vinasse mal fêtée.

Sur le front un bleu bossu de s'être cogné ivre à des obstacles complices.

 

Il est déjà en fuite, à bord d'une diligence

Il est déjà rattrapé

Il est déjà condamné

tondu, emmené sur l'île de Ré,

Il est déjà sur le navire Le Loire, sur l'océan anthracite où il vomit les bleus de sa petite vie minuscule et le repas exceptionnellement copieux de sa ration de transporté

Il est déjà dans son bagne, à l'extrême Ouest, près de l'embouchure du Maroni,  près de la Guyane hollandaise, celle où j'ai fait frontière

agacé par les mouches à feu,

à fabriquer des émouchettes pour protéger les bêtes

desquelles lui-même ne peut se protéger

Il est déjà mort, tout ça pour ça,

13 mois le séparent de ce cataclysme, entre la mort de Pierre et la sienne

Et de sa propre embouchure sortent des papillons velus, des papillons qui font de la lumière et

qui emportent son dernier souffle au fond de la forêt

 

Je ne ramène plus de pierres à la maison           sauf ces deux-là       témoins ou non de ce fait d'hiver-printemps-été-automne    Puis j'arrivais à mon tour.*;*;*    120 ans plus tard, au moins, et après avoir rencontré beaucoup de pierres, j'allais visiter la scène de crime. Toute la journée, je portais deux pierres, comme des enfants dans mes bras.     Cueillies près du mur d'origine et je me demandais ce qu'étaient devenues celles qui avaient rencontré la tête de mon arrière grand-père. Ont-elles été envoyées au bagne avec l'écraseur de crâne ? Ont-elles été enfermées au placard des pièces à convictions avec le couteau de tous les Ravaillac ?         Dans ma tête le sang afflue et forme des vaguelettes de douleur

 

Les pierres là-bas ne sont bleues que parce qu'on les a peintes, sinon elle sont noires, brûlantes, luisantes, sans espoir. bordant des routes, faisant échancrure dans le paysage qui n'a pas tellement besoin de murs, d'un côté l'océan, les requins et la boue, de l'autre la forêt. piège parfait.

 Depuis le Suriname, j'ai pris l'avion pour une île de rêve, de carte postale à palmiers où les enfants portaient des uniformes dans des écoles peintes en rose ou en bleu ciel entre quelques vols de tourterelles à queue carrée.

Dans ma tête, les pierres ont peu à peu fait place aux papillons. les douleurs volètent et emportent des mots, les souvenirs prennent la poudre d'escampette, les noms coupés par des virgules et des traits de désunion

 Je suis Marie et je suis Pierre,

Et Bip, ça vient d'où ?

Bip ça vient de ne pas savoir qui être

Oui mais j'ai mis une e sonore maintenant

maternelle et douce, tranchante et contondante, avec des reflets de colère irisés.

 Bleus des coups cachés sous l'hélichryse, les immortelles et la lavande, celles qui lavent plus bleu que blanc, le linge sale des familles. il se cogne la tête, contre la pierre de sa cellule.

Il n'y a pas séjourné longtemps, ne saura jamais qu'il se retrouve un jour de 2020, sous l'encre sang de mon stylo. Destin raté de bout en bout, vie pour rien, mort pour rien, de mon jeune arrière mort à 45 ans, De qui ce Pierre tirait-il son prénom ?

 Et les pierres continuent de devenir sable lentement, et les papillons bleus de Guyane, de devenir poussière métallique, et la jeune gazelle continue son voyage, avec les bestioles piquantes et les doux singes, les fleurs de paradis, les fleuves qui montent et descendent au gré des marées, tous humains enchaînés à notre voisin de galère, et les ibis rouges et les aras flamboyants, et les moutons paresseux, et les bagnes égouts.

2 pierres dont moi, pour écrire ma légende, au bureau matricule

Porter mes pierres, penser le bleu dans la tête écrasée de mon arrière.

 Bleu Guyane et retour

moi lui et lui et l'autre et moi.

Trijumeau de la face en bouillie

trois humains et deux pierres

Transportation

régénération

colonisation des marges de l'Empire

Délinquants par nature ou par accident

Faire le deuil de moi même, supprimer le e le p le i le b

redevenir celle que l'on a nommée, pour le meilleur et pour le pierre.

13.5.20

nouvelle expérience

Un jour que je me promenais sur un site de coworking tout en maintenant la distanciation physique, je tombais nez à nez avec une boîte à outils alliant l'altérité l'équité et la tête de noeud. Ah ! me dis-je, ce modèle performant s'adresse à la grande diversité qui est en moi, je sens émerger un modèle inspirant et open source qui me conduira tout droit au modèle amplificateur du changement systémique. Forte de mon réseau d'ambassadeurs qui me garantissait une vision à long terme doublée peau et en 3D, je décidai de pérenniser mon capital inclusif et envoyai mon CV innovant à fort impact d'audace. Je mettais en avant mes compétences de transparence informatique, d'accoucheuse d'espérance et de couteau-suisse et ma personnalité citoyenne et moteur de croissance, qui n'hésitait pas à se mettre vent debout devant l'adversité et à faire bouger les lignes de coke en cas de pénurie. Grâce à son algorithme de matching, je fus aussitôt harponnée par un cluster de chasseurs de têtes pratiquant le recrutement 100% inclusif qui vit en moi un rôle modèle leur permettant de prendre de l'avance sur mon avenir. Je suis depuis ce jour béni, grâce à un modèle hybride et duplicable, Assistante d'assistant à la pelle et au balai, détagueuse de patrimoine bâti, ramasseuse de détritus, nettoyeuse de pédiluves.
"Au-delà d’un diplôme ou d’une expérience, c’est une personnalité que nous recherchons !"

8.4.20

Je reviens de m'être couchée dans l'herbe en fermant les yeux. Enfermée dans mes paupières, confinée dans le rouge car j'étais en plein soleil ; 10 minutes ou 15, je n'avais pas fait ça depuis si longtemps, j'avais l'impression de respirer par le dos la tranquillité apparente de la terre ; puis quand j'ai rouvert les yeux en regardant le dessous des arbres, le charme à ma gauche, les cerisiers blancs sauvageons à droite, la chère Bounette me donnant des petits coups de museau pour que je n'arrête pas mes caresses, j'ai pensé que tout pouvait bien s'arrêter encore pendant quelques temps...

19.12.19

Voila que la dame froufroutante

Voila que la dame froufroutante (bravo à ceux qui suivent ses aventures) s'avance dans ma rue flanquée d'un jeune gaillard à l'arrière et d'un grand gaillard à l'avant. Elle pousse une poussette (pas un landau) ; je m'enquiers du genre du marmot qui n'a pas l'air d'une marmotte, et dont je n'ai pas aperçu de prime abord les attributs, à savoir un camion et une voiture respectivement tenus dans menotte droite et menotte gauche, et qui ne sont ni résolument bleu ni manifestement rose. Comment savoir, alors ? Un p'tit gars me dit-elle, et le petit frère des 2 gaillards d'avant et d'arrière. Mais, continuai-je à m'enfoncer, je ne vous ai jamais vue enceinte; "je n'ai jamais le gros ventre, répond-elle, même à l'école, ils ne s'en étaient pas aperçu". je me dis qu'effectivement elle a moins souvent froufrouté dans mes horaires cette année, mais quand même...


9.12.19

"On ne sait jamais"

Sur le seuil, provisoire

Nous irons à Mossoul
Nous irons à New York
Nous irons au Bataclan
Nous irons dans ce petit village de la Dordogne où l'on plume les oies vivantes pour en faire des doudounes de luxe, où la police des champignons patrouille et vous confisque votre panier si vous n'êtes pas dans ses petits papiers.
Nous irons à Alep, chercher du savon de Marseille, nous n'irons pas à Calais, 
Circulez !
Nous irons en Suisse, bien sûr, pays de la liberté neutre et propre, où les bottes bien cirées ne demandent qu'à marcher
Nous serons là, sur le pas de la porte, à humer le vent, à déduire son orientation, à admirer la lumière de Novembre sur le bouleau doré et plein d'oiseaux qui regardent le monde de plus haut.
Nous mettrons un pied sur la première marche de l'escalier qui se dérobe, travaillé dans ses minces fondations par les racines des arbres qui se sont plantés là, tous seuls, comme des arbres émigrés.
En fait nous resterons là sur le seuil, la valise au bout du bras qui s'allonge sous son propre poids de valise, jusqu'à la laisser reposer sur le palier. Les mains pendantes
Au seuil de quitter cette maison, nous aurons une pensée pour ceux qui sont venus de loin, l'ont habitée avant nous, l'ont construite, même. Nous aurons une pensée pour ces gens, venus du Sud ou de l'Est de l'Europe, ces crève-la-faim chercheurs d'eldorado preto, transformés en taupes le temps d'attraper la silicose, ressortis à l'air libre quand leurs poumons ne pouvaient plus l'aspirer. Nous aurons une pensée pour ces esclaves importés par la Compagnie de la Méditerranée qui pensaient retrouver la mer et se sont retrouvés sous terre.
Nous resterons sur le seuil à écouter les doubles discours apportés par le vent dans le criaillement des étourneaux
Nous penserons qu'un jour la Terre n'était/ne sera/ n'est - qu'un seul pays. "On tourne en rond, y a rien à faire, c'est la malédiction du système solaire" chantais-je, il y a longtemps. 
Nous consulterons le Dictionnaire des migrations, fascinées par les flèches rouges, vertes, bleues, aux mouvements puissants et incurvés.
Des flèches pour les peuples errants, des flèches du Sud vers le Nord, de l’Est vers l'Ouest, mais toujours à la lisière du méridien de ceinture, au-delà duquel il fait froid, il fait nuit, il fait océan.
Nous étions prêtes à partir, à quitter, à décamper, à fuir,
Parce que le chef ne nous convenait pas, parce que les petits cons sous nos fenêtres nous pourrissaient la vie, parce qu'il y avait décidément trop de vent à présent, pas assez de neige, passablement de moustiques et énormément de pyrale du buis. Nous étions prêtes à déménager parce que les loyers étaient devenus exorbitants, le voisinage trop 4/4 ou pas assez.
Dans la valise nous avions mis quelques doudous, des bonnets de rechange et des paires de lunettes aussi. Des crayons et des cahiers, de l'aspirine et du pain dur.
La valise est légère, elle est vieille et rafistolée, elle a beaucoup servi. Voyages d'agréments, « escapades », tourisme professionnel. Une valise dorée qui a connu les soutes, les compartiments non fumeurs, les plate formes d'où l'on peut passer ses appels téléphoniques, et le garage du dessus de l'armoire.
Nous irons à Mossoul voir les djihadistes entraîner dans leur « martyr » des martyrs non volontaires, et les libérateurs de rue faire des omelettes avec des œufs humains.
Nous irons à New York défiler avec les Américains -qui n'ont pas voté…
Nous irons à Lampedusa, à Lisboa, à Lesbos
Nous irons à Saint-Petersbourg, à Libreville, à Istanbul, à Reykjavik, à Papeete. Et si nous allions « là-bas » ?

Nous resterons sur le seuil, ma petite fille et moi, à humer encore le vent et puis nous resterons là, car il n'y a nulle part où aller.

13.11.19

le E muette


Performance réalisée en janvier 2019 à la Salle des cimaises, à St Etienne, dans le cadre de l'expo collective SILENCE(S) par Combinaisons
Avec les sténopés de Diane Lentin et le montage sonore réalisé à partir d'interviews de femmes pendant le temps de pose des sténopés,  :
https://dianelentin.wixsite.com/diane-lentin/le-e-muette



Pendant que les autres se taisent

Nous ne sommes pas dans le silence
Nous peignons la girafe avec les mots de notre hiérarchie
Nous rêvons d’avoir des secrets
Nous n’avons rien à dire mais
Nous ne sommes pas dans le silence
  
Nous peignons la girafe
Ses longs cheveux tombant sur ses yeux,
Doux comme des secrets de polichinelle
Nous nous enlisons sous sa croupe en cabane
Nous ne sommes pas dans le silence 
  
Nous courons le guilledou
Nous multiplions les contradictions
Nous interceptons les bruits de la vie
Nous oublions la girafe qui pleure parce que
Nous ne la peignons plus
Nous ne sommes pas dans le silence
   
Nous ne sommes pas dans le silence
Nous rêvons de nous endormir auprès d’une girafe
Au creux d’un buisson
Nous ne sommes pas dans le silence
Nous nous accrochons à sa queue pour ne pas nous noyer
   
Nous ne sommes pas dans le silence
Nous ne savons pas où il est
Nous sommes hiérarchiquement sûres de l’imposer
Par la force de notre silence si nécessaire
Mais nous mourrions de peur
Si nous devions affronter ses secrets

Pendant que les autres se taisent
Penchés sur leurs pensées
Je regarde jaillir des gerbes d’oiseaux
J’imagine la vie qui va avec les bruits
Je pense aux girafes que j’ai connues et que je n’ai pas peignées
Je pense aux secrets que je n’ai pas su garder
Et qui sont allés courir le guilledou à travers champs
Je pense aux clés dont j’ai perdu la serrure
Aux silences de mort
Qui font mourir à petits feux
Je pense à tous les silences brisés
Que je n’ai jamais su recoller
Je pense à toutes les conversations
Qu’il aurait mieux valu laisser s’enliser
Je pense à toutes les hiérarchies
Qu’il faut encore combattre
Avant de pouvoir prendre la clé des champs du silence

Nous sommes à une charnière. Pour un e muet, quel rapport avec charnier ? je cherche l’étymologie, j’essaie de me rappeler qu’il ne faut pas faire de l’alcool de mots, ne pas y mettre de h, ne pas les couper en morceau. Quel rapport avec chair niée et muette, le féminin qu'on n'entend pas, LES FEMMES ONT droit AU  DEVOIR de silence, Pas une question de genre on ne le taira jamais assez, une question de trique, de clou enfoncé dans la gorge. Soumises à la question, elles avaient intérêt à donner la bonne réponse, mais dans tous les cas, elles avaient faux.  Quelqu'un ! Faites que cette petite fille arrête de hurler, que sa mère arrête de lui crier dessus, que sa mère rentre et la couche, et se couche aussi, que le monde entier se couche, à chaque fois je me sens coupable de ne pas m'ingérer, de manger mes propres mots de silence. J'accumule du matériau, je fais des listes sur une pensée en 2 colonnes le positif d'un côté le reste de l'autre une longue phrase avec des dents, comme un piège à loups qui se referme sur moi dans cette salle des pas et du temps perdus, depuis combien d'heures    je ne savais pas qu'on pouvait atteindre un tel seuil de fatigue et être encore vivante, si ça se trouve je suis morte et personne ne m'a prévenue, je suis dans l'antichambre de quelque chose, je ne suis pas dans le silence
Comme j'aimerais bercer cette petite fille la câliner la déposer endormie dans sa poussette, rasséréner sa mère
allez… Arrête, clame toi, tu as plus que l’âge de raison, l’âge de ta majorité silencieuse, un temps perdu de survivante, "nous sommes à une charnière" et moi je suis sortie de mes gonds, c'est con,
"il faut que nous prenions du recul" peut-être qu'à force d'en prendre on tombe à la renverse, on la ferme pour de bon, quand on dit ça c'est qu'on en a déjà pris "j'ai besoin de réfléchir", miroir mon beau miroir… et moi de dormir, dormir.


Nous ne sommes plus dans le silence
Nous écrivons l'histoire avec des mots à l'encre sèche comme de la bouse sèche,
pleine d’indices et d’immondices
Nous sautons la barrière de la langue comme des moutons enragés
Nous ne nous cassons plus les dents sur les masques de plomb
et nous ne sommes plus dans le silence
Nous devenons sourdes aux mots qui bouchent, mais fluides aux humeurs de nos corps
Nous sommes nées du silence de nos mères
De l'amour avec lequel elles nous portaient en secret mais elles ne pouvaient pas toujours serrer les cuisses
Elles faisaient leur devoir en silence, par la fente du vêtement qui leur permettait aussi de pisser debout
Et on a beau nous dire que nous sommes les enfants de l'amour
Et que parfois c’est vrai aussi
Nous sommes les enfants du silence
Nous avons laissé nos mères s'en aller avec leurs entremots, leurs blancs de poissons muettes comme des carpes, muettes comme des e muettes.

Nous avons cassé les machines à avaler les couleuvres
Après en avoir tant avalé
Nous sommes devenues serpentes, expertes en langue de vipère
Consonne voyelle voyelle qu’on sonne
Nous ne sommes plus dans le silence


Entre le « PAS » et le « PLUS » il y a la guerre
et c'est dommage
Mais nous n'avons pas d'autre endroit où aller
Nous ne nous cachons plus dans des buissons de silence piquant
Nous relevons nos jupes et pissons debout
Nous montrons nos seins nous montrons nos langues
Nous mettons nos mains en cornet devant nos bouches et
Nous ne nous calmons pas
Nous nous clamons
Nous sommes hystériques
et froides
Nous sommes silencieuses par ce que nous le valons bien
Nous peignons nos longues crinières de girafe
Nous rasons nos cheveux de collaboratrices avec l’ennemi
Nous nous hissons sur nos ergotes
Nous parlons franc, d'homme à homme
Nous avons rendu le souffle au e muet
Nous lui avons mis des sonnettes
Nous avons choisi la langue où toutes les lettres se prononcent
Nous avons appris la boxe, nous  levons  les  jambes  aussi  haut  que nécessaire
Nous montrons nos seins pendants
Nous montrons nos langues à vif
Nous mettons nos mains en cornet devant nos bouches pour crier encore plus fort
Nous relevons nos jupes,
Baissons nos pantalons
Et pissons debout

Nous nous clamons d’abord
Et nous calmerons après.

Peut-être.



14.10.19

Le quantique des quantique

Le quantique des quantiques

Je suis dans une nuit profonde de hasbeenness.
pas moderne pour un sou, au sens contemporain du terme de l'art comptant pour pas grand chose/
Je n'écris pas "chatte", pas "queue", pas « érotique » pas « sensuel », je ne pipe mot sur aucunes bouches qui s'embouchent dans le cœur de la nuit ou sur un banc public, je nuis grave à la modernité.
L'heure est déjà passée, l'heure n'est plus qu'aux jeux de mots, qu'aux jeux de vilains. Demain.
Tant de mots à notre disposition et si peu de sens commun. Tant de mots qui n'ouvrent que des tiroirs grouillants de vers, QUOI ! de vers quelle nuit des temps interminable on se dirige. Il est urgent que l'heure sonne, que l'heure de l'homme problème s'apocalypse un bon coup. Dans le chaos de l'homme KO le poème ne se relève qu'à grand peine, il chancelle dans la nuit pleine d'étincelles.
Le boxeur sue son poème de sang à grands gargouillis par le nez et la bouche.
Je compte jusqu'à 10

1 / 2 / 3

Je ne vois qu'un grand corps malade agonisant où l'homme poème mange ses enfants ; il recrache au loin les petits os des phalanges et ça fera plus tard des feux follets, dans le cimetière des dictionnaires. Toutes les alarmes hurlent en même temps, l'homme poème arrive à grands renforts de feu, d'échelles et de lances,
mais au lieu d'éteindre l'incendie, il brûle la nuit, des enfants naissent et c'est reparti.

4 / 5 / 6

Je me tiens au-dessus de lui qui n'y croit plus, la nuit est en mode "aurore boréale", je compte, je sais qu'il ne se relèvera pas, je sombrerai aussi, engloutie par tous les mots qui n'auront pas servi
qui n'auront pas sauvé
par les chiffres qui ne compte plus que pour du sable
l'homme devient poème figé, tétanisé par le gras de la nuit
et s'en est fini de lui de nous
Des heures où l'on mangeait des cerises à même les cerisiers, où l'on caressait des textures douces, l'heure de l'homme devenu poème est un glas, une dernière aube, un dernier souffle

7 / 8

de la nuit comme renaissance avec la peur et l'ignorance, comme les nouveaux-nés avant le doigt de l'ange
de la nuit comme point de départ et d'arrivée
de la nuit jamais comme présent, jamais comme cadeau, obscurcir sa lumière, se taire, on voit rien

NYCpasTALOPE

9 / 10

l'enfant paraît
c'est GRAVE la nuit
jambes écartelées, l'enfant se présente par le siège
On souffre, elle ne peut plus respirer, le passage depuis la nuit aquatique est trop étroit
césarienne, alors,
ça déchire
je pense à des crapauds
Je pense à des crapauds et à des froufroutis, à des rampements sur les feuilles sèches
La nuit de suie lorsque la lune est en panne
Comme un matin fuligineux au pied d’un volcan en rut
Tourne et retourne dans les draps
Rapprochements frôlement de peaux de membres de froid d’odeurs de glacements.
8 nuits sans nuire
anesthésie
Des décors comme on en trouve dans les cauchemars
Endormie devant la télé les ailes du désir ne me font plus d’effet

Parfois on marchait marcherait marchera
Dans la forêt main dans la main
Dans les ruines enfantômées
Le long du canal
Se souvenir de ces nuits sans sommeil où l’on tourne les mots pour les ranger dans sa tête, de ces nuits où l’on ne rêve que d’une chose : dormir !

Nuit grave
Dans la nuit inouïe, mais pas désentendue, mettre bas en chantant
Quantique des quantiques
Avant d’accoucher moi-même, je croyais du verbe croire, 3ème groupe que les enfants ne naissaient que la nuit
Je ne sais pas d’où me venait cette croyance, que j’écrirais volontiers CROILLANCE 
C-R-O-I-L-L-A-N-C-E, tant cette terminaison semble appuyer un ancrage profond dans mon cerveau de papillon.
Pour moi c’était une évidence
Pas sûre d’être née la nuit, moi, même si longtemps ago dans mes fanfaronnades lyriques d’adolescente précocement féministe, j’apostrophai ma mère en lui dédiant un poème qui commençait ainsi :
« En pleine nuit tu m’as donné le jour ! »

On était le 24 décembre, ça tombait bien on n’avait rien prévu pour le réveillon.
Négligeant ma feuille de route, privilégiant la pleine lune, JE, ou bien était-ce ELLE, précipita la fonte des neiges entre mes jambes. 2 heures du matin, la petite valise en carton devant la porte, pleine de layettes amoureusement tricotées, je ne me rappelle plus RIEN du trajet, tout à coup j’étais là à pleurer.
Lorsque je me réveillai d’une nuit glauque, j’étais mère et perdue dans un monde de science-fiction.
J’entendais sur fonds de gargouillis de tuyaux des voix inhumaines parlant d’huîtres et d’escargots, rien sur les feuilles, je ne l’avais pas vue arriver, imaginée plus que sentie la lame du bistouri tranchant la peau de mon ventre, la double peine, la double fente et pas d’enfant sur mon cœur.
La nuit avait duré toute la journée, et les yeux encore myopes de mon bébé s’étaient ouverts dans une chambre obscure, où le monde entier n’était que sténopé.

Je lis à présent que les statistiques donnent raison à mon intuition .
Comme toujours l’explication remonte "à la nuit des temps", pas la nuit des temps de Barjavel, pas la nuit d’étang de Virginia, la nuit des temps de quand tout était bien ordonné, que les prédateurs diurnes et repus prenaient un repos bien mérité protégeant femelles et progéniture de leur appétit vorace.

Les anthropologues de la nuit des temps, savent.
Ils savent tout des cro-magnonnes mignonnes et des chouettes, des manchotes impératrices et des population des pôles, qui elles...
Mais de la nuit des temps à venir, rien. Obscure hantise.

Nous marchions dans la forêt, là-haut, dans la parenthèse, accrochant plus fort nos mains à chaque craquement de brindille.
Nous marchions sur la route longeant l'Urubamba et le joueur de flûte n'avait pas de bonnet péruvien mais des dreadlocks avant-mode
Nous marchions dans la campagne encore endormie fiévreux d'une nuit blanche et tout était blanc, même nous, qui en une nuit avions vieilli de mille ans d'un coup.
A chaque fois je - nous, marchions vers notre destin quotidien.
Quelques lumières de civilisation nous raccrochaient au monde dont nous nous étions extraits, mais si loin, nous liant par un fil incassable à ce décor qu'il nous faudrait réintégrer le jour venu, remettre nos masques diurnes témoignant alors du chemin nuitamment parcouru. Indélébiles traces de ce chemin voulu, sous les étoiles, à mille miles de toute raison raisonnable. Seul importait ce temps de la nuit, la présence furtive des bêtes qui continuaient leur vie sans trop se préoccuper de nous, et la nature bruissante, à l'affût, qui ne nous traitait en intrus que dans la mesure où nous omettions ses codes les transformant alors en embûches.
Je me disais alors qu'il est bon de ne pas tout voir, de ne pas tout savoir. Je me disais qu'être attentive à mes pieds, à la musique de la flûte, au dessin des constellations, aux infinis mystères, aux cris des animaux, au chuchotement des brises, tout cela suffisait amplement.

Et les étoiles de briller davantage, à la proportion du nombre de regards tournés vers elles.

"You know those nights, when you're sleeping, and it's totally dark, and absolutely silent, and you don't dream, and there's only blackness, and this is the reason, it's because on those nights you've gone away. On those nights, you're in someone else's dream, you're busy in someone else's dream.
Some things are just pictures, they're scenes before your eyes. Don't look now, I'm right behind you.

(Laurie Anderson : The ugly with the jewells)